Pinella (Corse)

LE PINELLA

Document réalisé par Alain FOULONNEAU


La silhouette que le Pinella devait avoir lors de son lancement sous le nom de Rotterdam  

Caractéristiques:

           Ce petit navire eut une vie très aventureuse. Il navigua 47 ans, fut reconstruit deux fois, trafiqua un peu partout, eut huit noms différents sous quatre pavillons et douze armateurs successifs.

          De cette vie aventureuse, on retiendra qu’il fut lancé aux Pays Bas en 1918 sous le nom de Rotterdam. C’était à l’origine un voilier à moteur auxiliaire. Après avoir été immatriculé  à Alger, il devint italien et transporta dans les années 40 des armes et du matériel américain. En 1946 il est armé pour le transport d’immigrés juifs clandestins vers la Palestine. En 1956 il prend le nom de Pinella.

           Longueur 45 m (37 m lors du lancement en 1918)

Source Jean Pierre Joncheray

Historique:

           C’est la plongée la plus célèbre de Corse. Elle est connue sous le nom d’épave de la Pecorella en raison de l’écueil qui la fit couler ou encore cimentier de Porto Vecchio en raison de sa cargaison. Son nom était Pinella lorsqu’il sombra dans la nuit du 30 novembre 1965. Le petit cargo était parti de l’île d’Elbe pour aller en Sardaigne. Une forte houle soulevée par un violent vent de sud/sud-ouest contraignit son commandant à chercher refuge dans le golfe de Porto Vecchio. Ce fût sa perte.

           Très souvent photographiée, l’épave a servi de décor naturel pour la série « l’inspecteur mène l’enquête ».  

 

La plongée:                  Un récit d’Alain Foulonneau

             « Les épaves sont de formidables machines à rêver. Elles font peur, elles interrogent, elles intéressent ». Cette phrase de Michel l’Hour. définit très bien l’attrait que les épaves ont sur les plongeurs.

            Mais ce jour là, j’avais la désagréable impression qu’aucune émotion ne serait au rendez-vous. Depuis le pont du bateau de plongée l’épave se distinguait exactement comme je l’avais vu sur de nombreuses photos ou sur le dessin de mon ami Olivier Brichet. Moi qui aime tant le frisson que procure une épave qui se dessine progressivement après une descente dans le bleu ou le vert des profondeurs marines, je commençai à être déçu. Mais n’avais-je pas été prévenu quand j’avais pris rendez-vous près d’un club de plongée ? « L’épave de la Pécorella ? Nous y allons tous les après midi faire des baptêmes » m’avait répondu un responsable. Exit le parfum d’aventure, l’imprévu. La plongée risquait d’être aussi terne qu’un trajet sur une ligne de métro. Et je commençai à regretter d’avoir traversé la Corse de Bastia à Porto Vecchio pour cela.

              Sans conviction, je sautai à l’eau et je descendis avec mon binôme vers le gaillard d’avant. Après un coup d’œil au guindeau nous nous laissâmes couler le long de la coque. Alors elle m’apparût dans son élégante courbe. L’étrave du Pinella. C’était l’étrave d’un voilier avec sa guibre. Il ne manquait que la figure de proue indiquant la route au navire juste sous l’endroit où le beaupré prenait naissance. Si je n’avais pas eu un détendeur dans ma bouche, je serai resté bouche bée. Mais comment ? Ce bateau dont j’avais tant entendu parler était un voilier ! Personne ne l’avait dit ou écrit. Quelle découverte ! Dès lors ma plongée sur l’épave de la Pécorella prit soudainement une nouvelle dimension. Nous avons fait le tour de la coque par 12 m de fond, nous avons revécu le naufrage en voyant à bâbord la brèche fatale. Puis nous sommes remontés sur le pont pour nous glisser dans le squelette des superstructures arrières. Nous sommes descendu à travers la dentelle de poutrelles jusque dans la chambre des machines pour contempler le vieux 12 cylindres en ligne figé dans ses concrétions. Longeant le pont nous sommes revenus vers l’avant. Nous avons traversé la curieuse timonerie – passerelle et jeté un coup d’œil à la cargaison de sacs de ciment solidifiés à travers l’écoutille. Avant de remonter nous avons décidé d’explorer le poste avant dont le panneau de descente était ouvert. Je suis rentré tête la première… dans un four. Aucune lumière. Obscurité totale. Je sentais à tâtons des aspérités de ferraille que je ne pouvais pas voir. Je décidai de sortir mais en me retournant je perdis une palme accrochée par un obstacle invisible. Je me mis en quête de la retrouver. Vainement, ma petite lampe n’arrivait pas à percer l’obscurité… pour détecter une palme vert foncé. Tandis que je fourgonnais en aveugle, mon cerveau fulminait : « il faut être c… pour se mettre dans un trou noir alors que dehors les eaux lumineuses de la Corse règnent. ». L’énervement me gagnait. Mes bulles emportaient des flots de mots inélégants que mes enfants avaient ramené de l’école et dont j’avais pourtant immédiatement interdit l’usage.

              Je fus obligé de sortir en clopinant pour demander l’assistance d’un plongeur muni d’un phare puissant.  

             De retour chez moi, j’ai retrouvé l’historique du navire reconstitué par Jean Pierre Joncheray. Le Pinella était bien à l’origine un voilier. Mais auparavant, tandis que je roulais vers Bastia, je me suis dit qu’il fallait que je garde comme leçon que toute épave même très connue peut toujours réserver des surprises. Qu’elle peut aussi être dangereuse même par faible profondeur. ¨Puis à Solenzara je me suis arrêté et dans un magasin de matériel de plongée, j’ai acheté une nouvelle paire de palmes. Jaune fluo.

 

        

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