La barge du Niagara

 

LA BARGE DU NIAGARA

 

 

Canada

Une page proposée par Alain Foulonneau

 

 

Type de navire

          Barge à fond plat et avant incliné pour le transport de charges lourdes ainsi que pour les travaux fluviaux ou maritimes. Les scows étaient à l'origine en bois. Certains, comme ceux de la baie de San Francisco, marchaient à la voile avec un gréement de goélette. La barge du Niagara était en fer et cuivre et n’avait pas de moyen de propulsion. Elle avait été construite par George Chase à Buffalo NY.

 

Position

43° 4' 23.32" N  et 79° 4' 15.41" W 

 

 

Histoire

                         

          Une pensée s’imposa à lui comme une évidence dans une nuit blanche : aujourd’hui était le 6 août 1918 et c’était le jour de sa mort. Devant lui le nuage de brouillard montait de plus en plus haut et le grondement commençait à être assourdissant. Au bout de cela, Gustav Lofberg savait qu’il y avait les chutes du Niagara.

          Bien des fous avaient tenté de les descendre dans des engins les plus farfelus, certains avaient survécu, mais à bord d’une barge chargée de 2000 tonnes de roches et de sable, lui et son co-équipier James Harris n’avaient aucune chance.

          Tout s’était joué très vite. La barge tirée par le remorqueur "Hassayampa" sous les ordres du capitaine John Wallace travaillait à des travaux de dragages devant l'entrée du canal hydraulique de la Niagara Falls Power Company. Le remorqueur s’était échoué et immédiatement l’aussière de remorquage s’était rompue comme un simple fil à coudre.

          La barge était aussitôt partie à la dérive. Lofberg et Harris avaient essayé de freiner sa course avec des avirons de fortune, mais sans succès. Maintenant la barge était engagée dans les rapides qui précèdent les chutes. La fin n’était plus qu’une question de secondes. Lofberg ferma les yeux.

          Un violent choc accompagné d’un fracas métallique les lui fit rouvrir. Par une chance extraordinaire la barge venait de s’échouer sur un haut fond. Les deux matelots se concertèrent et décidèrent de consolider la position du chaland en alourdissant son avant. Pendant plusieurs heures ils transportèrent à la main 50 tonnes de cailloux.

          La folle dérive de la barge avait été aperçue par des ouvriers de la Toronto Power Company qui avaient aussitôt donné l’alarme. Les pompiers de Niagara Falls tentèrent d’envoyer une ligne de vie avec un fusil lance amarre, mais sa portée était trop courte et la corde tomba à l’eau. Alerté par téléphone le poste de sauvetage de Youngstown proposa un canon lance amarre. La précieuse arme, fut chargée dans un camion de l’armée qui partit accélérateur au plancher. Dès son arrivée le canon fut mis en place sur le toit de la Toronto Power Company et le premier tir permit d’envoyer un filin dans la barge. Mais il restait à mettre en place le dispositif de sauvetage. Des heures de lutte contre les éléments furent nécessaires pour consolider la ligne de vie. La bouée culotte s’était emmêlée et Loftberg et Harris exténués n’arrivaient pas à la remettre en ordre. William "Red" Hill un sauveteur réputé se proposa d’aller jusqu’à la barge en se tenant au filin du canon lance amarre. En pleine nuit éclairé par des projecteurs il se lança dans les rapides nageant et se halant au câble. C’est lui parvint à rendre opérationnelle la bouée culotte et à sauver les deux naufragés du Niagara.

          La légende veut que les cheveux de James Harris passèrent de brun à blanc au cours de cette nuit de cauchemar. Ce qui est sûr c’est qu’on attribua la médaille Carnegie du sauvetage à William « Red » Hill pour son héroïsme. Ce qui est sûr aussi que les assureurs renoncèrent à récupérer la barge bien qu’elle fut estimée à 36 000 $, le coût en vies humaines risquait d’être bien supérieur. On pensait d’ailleurs que les glaces de l’hiver emporteraient le scow dans les chutes.

 

 

L’épave

          Mais l’« old scow » est toujours là depuis bientôt 100 ans. Lui, il a pris une couleur rouille. Et si l’on remarque un peu de blanc sur ses hauts, ce ne sont que les outrages déposés par les goélands, les seuls à pouvoir l’arpenter. Il faut se contenter de regarder l’ « old scow » de loin. On peut l’apercevoir du promontoire qui surplombe l’extrémité des chutes en fer à cheval côté canadien. On le voit encore mieux, un peu en amont, devant le barrage de la Toronto Power Company désormais désaffectée ou encore depuis l’île Dufferin. Mais la meilleure vision que l’on puisse avoir est depuis le ciel. Les chutes du Niagara se visitent en hélicoptère, c’est une excursion traditionnelle pour les touristes et le pilote se fera un plaisir de faire un petit détour, souvent d’ailleurs…

          Comment ? C’est trop compliqué ? L’avion, l’hélicoptère ne vous conviennent pas ? Vous voulez voir cette épave tout de suite ?

          Entendu. Prenons alors le satellite. Allez dans Google. Choisissez Maps. Faites coulisser la carte en vous dirigeant vers l’ouest. Traversez l’Atlantique, voyez apparaître les côtes du Canada et des Etats Unis. Repérez Toronto. Amorcez votre descente, grossissez la carte, visez entre Toronto et Buffalo. La ville Niagara Falls apparaît avec les chutes un peu au sud. Bientôt vous apercevez la Toronto Power House, et… mais oui ! le Niagara scow. Il est indiqué. Vous pouvez distinguer ses cales. Maintenant si vous voulez plus de détails, demandez dans le menu « extra »des photos et un commentaire Wikipedia. Encore d’autres photos ? Tapez « Niagara scow » ou encore « old scow » dans votre moteur de recherche habituel.

          Vous auriez préféré que l’on mette directement ces photos sur cette page ?

          N’exagérons pas quand même. Une épave cela se mérite.

 

          PS : les plus curieux pourront aussi trouver sur le net l’histoire du Sunbeam un ancien chasseur de sous-marin converti en yacht qui à la suite d’une erreur de navigation s’est retrouvé sur le Niagara et a fait également naufrage dans les rapides qui précèdent les chutes. C’était en 1923. La coque de bois a disparu, mais il paraît que l’on peut apercevoir en période de basses eaux les moteurs et l’arbre d’hélice un peu au sud de la Toronto Power Company.

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